Artenay - Orléans ...26 km...si j'y arrive, parce que le guide fait passer par Gidy, qui est sous eau. Il faudra suivre la RN20, ou trouver des petites routes qui évitent Gidy. J'ai trouvé dans la chambre que m'a donnée le Père Stanislas un plan du Loiret qui m'a bien aidé pour trouver des chemins alternatifs. Au lieu de partir SSO vers Gidy, je suis parti vers le sud-est : Bucy-le-Roi et Saint-Lyé-la-Forêt.
(A Orléans, je devrai chercher un Décathlon pour acheter un pantalon une taille en-dessous; celui que j'ai ne tient que par bonne volonté.) - remarque intempestive - ...Entre Bucy et Saint-Lyé, voyant une voiture qui tourne et prend ma direction, je veux vérifier que je suis toujours dans la bonne direction. Je fais un petit signe et la conductrice s'arrête. Elle me donne un petit sachet de bonbons en chocolat et de l'eau: c'est le premier ange de la journée. Après avoir marché environ 8km, je rencontre à Saint-Lyé trois dames qui me demandent où je vais. Impossible, me disent-elles : La D97 est plus d'un m sous l'eau. Il faut remonter vers le nord et passer par Rebréchien ce qui fait 13 km en plus. Elle décide de m'emmener jusque là en voiture. 2e ange de la journée. J'arrive de bonne heure à Orléans, après avoir longtemps marché sur la bande des limaces écrasées (le bord de la départementale). Je cherche le gîte, tout près de la cathédrale, et ne le trouve pas. Au détour d'une rue, je tombe sur une dame qui m'y conduit...3e ange. Arrivé au gîte, je suis accueilli par une dame, Marie-Jo, et un homme, Régis, qui me montrent mon lit, les toilettes, la douche, et me souhaitent la bienvenue. Pour le coup, ce sont deux anges à la fois..cela fait 5 anges. Le monde est peuplé d'anges...
dimanche 5 juin 2016
5 juin Orléans
4 juin Artenay
Angerville - Artenay : 30,5 km dans la campagne beaucerone chère à Péguy («voici l'immense houle et l'océan des blés»)...En fait, on peut ajouter au moins 3 km, parce que j' ai systématiquement évité les chemins de terre. Ce n'est pas le moment de les prendre. J'en ai fait la cruelle expérience hier. On me dit que le chemin le long de la Loire est sous eau. Nous verrons bien demain. A chaque jour suffit sa peine.
Sur mon smartphone, les prévisions météo s'améliorent. Elles sont passées en une semaine de «averses» pour les trois jours qui suivent à «nuages intermittents» pour les trois jours qui suivent. La température aussi remonte (doucement). Je dois dire que jusqu'ici, je n'ai pas eu trop chaud, ni dû employer ma crème solaire (que ma dermatologue m'avait pourtant chaudement recommandée). J'ai quitté Angerville dès potron-minet, c'est-à-dire à 6h15. Le coq voisin chantait. Quel calme ce samedi matin, pas de voitures; la route est pour moi tout seul...Joie qu'il me soit donné de tenter cette aventure. Action de grâce...Je porte dans mon coeur tous ceux que j'ai laissés. En traversant le village de Ouestreville, un promeneur matinal me souhaite bon courage. Le ciel est plombé, mais il me semble que c'est plutôt de la brume que des nuages menaçants. Il fait relativement doux. Dieu est grand (c'est une traduction), non dans le fracas des armes ou les longs couteaux qui égorgent (Abraham l'avait déjà compris), mais dans la douceur, le silence, la paix. Parfois un lapin, tout surpris, traverse la route. En traversant cette immense plaine et ces champs à perte de vue, je me dis que les cultivateurs nourrissent Paris, qui, sans eux, mourrait de faim. Une phrase du chant me revient de façon récurrente : «l'argile incertaine de notre humanité». Le moindre bobo peut nous arrêter : un ongle coupé trop court, une ampoule, une cheville fragilisée, ...9h : à Oinville-Saint-Liphard, le soleil perce les nuages. Je ne l'avais plus vu depuis longtemps.
Arrivé à Artenay, le prêtre polonais qui me reçoit, le Père Stanislas, n'est pas chez lui. C'est samedi, jour de «travail» pour lui : baptêmes, mariage, messe...Je vais en attendant à l' «As-Hôtel» boire un verre et envoyer mes deux derniers messages, car la wifi est gratuite. Le temps de lire mes mails, je téléphone : il est chez lui. Il me montre ma chambre (dans sa maison), les douches, les toilettes, et il s'en va célébrer ailleurs. Quand il revient, il réchauffe pour moi une excellente soupe aux champignons, qui me réchauffe. Cependant, il n'a pas la wifi, c'est une option personnelle qu'il a prise. Donc : à demain !
PS/ À Angerville j'ai vu des petites plaques ovales avec le nom du «propriétaire» (voir photo) vissées sur les bancs de l'église. L'évangile risque toujours entre nos mains de devenir «christianisme», juste un «isme» de plus...
samedi 4 juin 2016
2 juin Etampes
Aujourd'hui une étape de 27,3 km : Arpajon - Étampes. La sortie d'Arpajon a été difficile. J'ai demandé mon chemin à quelqu'un qui n'a pas pu répondre, car il n'était pas de la région. Il m'a dit : il faudrait un GPS. Je lui réponds : oui! et, un peu plus loin, je me dis : mais j'en ai un ! Essayons...Je prends mon smartphone, et j'ouvre le GPS : magie ! Une petite étoile, comme celle des mages, m'indique où je suis, le nom des rues, leurs tenants et aboutissants..ma joie était presque égale à celle des mages. Nous avons des ressources que nous ne songeons pas à utiliser...
Les villages traversés : Egly, Boissy-sous-Saint-Yon, Saint-Sulpice-de-Favière (où il y a une communauté du Chemin Neuf), Mauchamps, Chauffour-lès-Etrechy, Etrechy, Brières-les-Scellés, Étampes. Tout ce trajet sous un temps couvert, assez frais, mais sans pluie (presque). Entre Egly et Boissy, un magnifique chemin protégé, à gauche de la route (photo). Ici au moins on pense aux piétons, les usagers faibles. Trop souvent, tout est fait pour la voiture, la puissance, la vitesse. L'évangile, c'est «small is beautiful» - il faut lire le livre de Schumacher -, c'est le monde à l'envers. Le bruit des avions s'espace, je retrouve les campagnes, les villages, les forêts. Arrivé à Étampes, je me dirige vers la collégiale Notre-Dame du Fort, et j'entre dans un café tout proche pour téléphoner à Damien Rousseau, qui est «hospitalier» ici à Etampes, comme son père. A peine ai-je demandé une Stella que je vois quelqu'un venir à moi et me demander : c'est vous qui avez téléphoné (il y a un jour ou deux, pour réserver) ? Il m'avait vu de loin. Un pèlerin, c'est très visible, me dit-il : on le voit de loin, avec son sac et sa cape...Je lui propose un verre, puis il me montre le gîte, tout près de la collégiale. Le prêtre est irlandais, parlant parfaitement le français (il faut dire qu'il est ici depuis 30 ans). Le gîte a 10 places. Il y a déjà un japonais, en train d'écrire sur son lit. Je lui dis : Hello! Il me répond quelque chose que je n'ai pas bien compris. Ce sera notre première et unique conversation de la journée. Car il s'est vite couché pour dormir. Il y a tout ce qu'il faut : un dortoir, une douche, des toilettes, un coin cuisine, avec vaisselle, frigo, micro-ondes, et même de la nourriture et de la boisson dans le frigo.
vendredi 3 juin 2016
3 juin Angerville
D'Étampes à Angerville : 25 km. Angerville est une étape sur la route d'Orléans, au milieu de la Beauce.
Départ à 7h30; la porte ne s'ouvre pas. Le système est défectueux. Je sors par une autre porte, et j'ouvre la porte cochère. 1er obstacle contourné. La sortie de la ville est toujours difficile. Description topographique défectueuse dans le guide, trop elliptique. Après une demi heure, je suis en route dans la bonne direction. Le japonais avec qui j'ai partagé la chambre me dépasse à Saclas. Il va à toute allure. Il est grand, jeune; c'est alors que je me rends compte que j'ai 76 ans. Je marche «pépère».
A 10h30, pique-nique sur un banc devant l'église de Guillerval. Les filets de maquereaux à la moutarde sont délicieux. Le guide me mène par des chemins de terre boueux et collants. Pour les éviter, je fais un grand détour. Mais heureusement sur le chemin que j'ai perdu, je trouve un bon samaritain : un automobiliste qui me voit chercher, s'arrête et me remet sur la bonne voie ; je le remercie de s'être arrêté. Moi aussi, j'ai fait St Jacques, me dit-il.
Je voudrais envoyer le texte, mais il n'y a pas de réseau. Tous mes essais échouent : au mac Do, où on me dit qu'il y a la wifi gratuite. J'essaie en vain. Chez le curé qui met son ordinateur à ma disposition. Echec. Alors, je vais dormir ,(dans la salle paroissiale).A demain!
mercredi 1 juin 2016
30 mai : Hôtel de la Poste / Saint-Denis
J'espère vous envoie ce mot depuis Saint-Denis (hôtel de la poste, avenue de La République). J'y suis arrivé à 17h. Il a plu toute la journée. Je vous envoie une photo pour vous montrer le stratagème employé pour sécher mes bottines. Je suis parti de Plessis-Luzarches vers 8h30 J'ai suivi le «chemin d'Estelle» (25 km au lieu de 40 par le GR). Je suis à 8,2 km de la tour Saint-Jacques. Je suis en grande forme. Seules les bottines me font encore un peu mal aux malléoles; c'est une question de temps. Je vous écris en regardant d'un oeil le match amical France - Cameroun (3 - 2 pour la France).
Le patron de l'hôtel vous donne une télé commande, comprise dans le prix de la chambre (35 € ou 40 si vous désirez une douche dans la chambre). J'ai aimé l'approche de Paris et de ses faubourgs nord. J'appréhendais un peu un climat d'insécurité, que je n'ai pas ressenti jusqu'à présent. Le quartier où je loge est totalement multiculturel, à dominante africaine. J'irai peut-être loger à Massy demain, car quand il pleut, on n'a pas très envie de s'attarder pour visiter. Comme il n'y a pas de wifi ici, je vous enverrai ces quelques notes demain. Quand je suis arrivé à l'hôtel, une jeune cliente métisse, qui attendait à la Réception, me dit : «vous êtes fatigué?». Je n'imagine pas cette simplicité, cette «familiarité» (au sens où Ignace de Loyola l'emploie, pour dire : être familiarisé, être de la famille) dans un hôtel cinq étoiles. On doit y être totalement étranger les uns aux autres (du moins j'imagine, car je pas l'habitude de les fréquenter). La vie est grouillante dans ce quartier de Saint-Denis, un peu comme à Kinshasa. Un autre détail que j'ai remarqué - c'était à l'entrée de Compiègne - : un homme entre deux âges marchait devant moi, lentement, le dos légèrement courbé, comme s'il était âgé ou fatigué. En fenêtre dépassant, je l'aborde et lui demande où est l'Office du tourisme. Il me demande ce que c'est et une petite conversation s'engage. Puis je continue ma route et je constate qu'il me dépasse à son tour, sur l'autre trottoir. Arrivé à l'Office du Tourisme, il se tourne vers moi et me dit : ça doit être ici! Ce qui m'a frappé, c'est ce changement d'allure. Pourquoi? Je pense qu'il s'est redressé quand je me suis adressé à lui pour lui demander de l'aide...
1er juin Arpajon
Je vous envoie ce mot depuis la maison de Mr et Mme Ruthy (famille d'accueil). J'ai trouvé leur numéro de téléphone dans le guide Lepère. Mr Ruthy est d'origine alsacienne, né en 1932 comme son épouse. Il est ingénieur en énergie nucléaire, pensionné depuis 1993. Ils ont six enfants. Monsieur est venu me chercher à l'église; nous sommes passés au presbytère pour mettre le tampon. Mais commençons par le commencement. Aujourd'hui trajet de Massy à Arpajon : 25,5 km. La journée a été magnifique, en comparaison des deux précédentes : pas de pluie! J'ai quitté Massy avec joie, dès 6h20, tant l'accueil était triste. Je suis parti aussi le coeur tranquille, car je savais où j'allais dormir le soir. C'est bien bête de passer à côté de tant de rencontres avec de braves gens, simplement faute d'avoir réservé. Il faut compter sur la Providence, mais aussi l'aider. Il faut travailler à deux.
Les avions passent continuellement au-dessus de ma tête. Ils décollent d'Orly, aéroport au sud de Paris. Massy est à la hauteur d'Orly, tandis qu'au nord de Paris, les avions décollaient de Charles de Gaule. À Champlan, la rivière a débordé de son lit, suite aux pluies des derniers jours. Elle suit la route, avec un fort courant, sur 300 m environ, puis la quitte en retrouvant son lit, sur la gauche. Trois agents de la commune sont présents et constatent. Je leur demande : quelle profondeur? L'un d'eux me répond en faisant un geste des deux mains : ça (environ 20 cm). Je lui fait signe que j'y vais. Allez-y! me fait-il...pas de danger. J'avance lentement, pour ne pas trop éclabousser mon pantalon, et après environ 300 m, la route remonte...Je suis passé. Les voitures, par contre, font demi-tour. Je trouve cinq ou six voitures qui me voient arriver, et font demi-tour. Plus loin, à Monthléry, arrêt dans un bar où la serveuse est sympathique. Nous parlons un peu et elle me demande si elle peut montrer une icône du Christ, que j'avais reçue chez les clarisses de Senlis, à un client attablé au comptoir, «car il est très croyant», me dit-elle. C'est un africain, ou quelqu'un des Antilles. J'avance bien; il est 10h30, et j'ai fait 16 km, soit du 4 de moyenne. Un peu plus tard, je dois marcher quelque temps (un, deux ou trois km ?) - cela me semble interminable - le long d'une route où les voitures se suivent les unes les autres. C'est une route qui mène à la R20 et c'est sans doute l'heure de pointe. Pas de place pour marcher à côté. Je dois marcher à la lisière du champ. L'herbe est mouillée et le sol inégal, ce qui ralentit fortement la marche. J'ai l'impression que cela dure une éternité...À La Ville du Bois, j'entre à la Mairie pour mettre le tampon. C'est une Martiniquaise qui me reçoit. Juste à l'entrée de Montlhéry, j'avise un établissement qui a pour nom «O'Bistro» et je m'en approche. C'est en fait un restaurant, mais la patronne - encore une métisse, mais très claire - me dit : je peux quand même vous servir un café, asseyez-vous. Au moment de partir, je veux payer, mais elle ne veut pas. Et puis, plus loin, le geste de cette jeune fille qui me laisse une bouteille de coca pour un euro, alors que le prix était de 1,20€. En fait, j'avais beaucoup de monnaie, qui pesait, et je voulais l'éliminer. Mais le compte n'y était pas. Je sors alors un billet pour payer, et elle n'a pas voulu. Elle m'a dit que c'était bon comme ça. J'arrive vers 1h à Arpajon, mon étape de ce jour. Je m'arrête à l'église Saint Clément, et m'assieds, en écoutant la belle musique qui rend ce lieu magique : la langue des anges. Je n'en reviens pas d'être au sud de Paris. La journée a été magnifique : pas de pluie du tout, et surtout un peu de soleil. Mes hôtes reçoivent beaucoup de pèlerins : demain une québécoise. Vers 17h, le curé togolais de l'endroit vient faire une petite visite, avec un diacre qui sera ordonné dimanche. C'est une vocation tardive : il a 53 ans. Le soir, mes hôtes m'invitent à partager avec eux le repas du soir.
31 mai Massy
Parti à 6h30 du matin de Saint-Denis Porte de Paris, sous la pluie (une pluie plutôt légère), j'arrive à Massy sous la même pluie, vers 15h, après avoir traversé Paris du nord au sud. Je n'en garderai pas un souvenir inoubliable. Le temps y est sans doute pour quelque chose. J'aurai marché 27 km. Je voulais être sorti de Paris, ce qui est fait.
D'une part je n'ai pas eu de chance, d'autre part j'apprends qu'il ne faut pas compter sur la chance. Je m'explique : je n'ai pas eu de chance, parce que l'Office du tourisme est fermé le mardi et que le bureau paroissial, qui aurait pu me proposer un hébergement en famille d' accueil, ne reçoit les appels téléphoniques que jusque midi. Alors, dans le café de la Mairie, qui est juste en face de l'Office du tourisme, je me suis assis, j'ai pris un verre, et pendant ce temps, quelqu'un de proche des patrons m'a dit qu'il était possible de loger pour 40 € («à payer d'avance»). OK d'accord. Il était environ 15h..J'ai attendu pendant deux heures, puis je me suis levé pour demander une chambre et changer mes chaussettes, qui étaient trempées. Elle m'a enfin donné une chambre qui sent mauvais, sans douche, sans chauffage, sans numéro de chambre, sans tenture à la fenêtre, (les rideaux sont dépendus), sans bac poubelle, bref: le strict minimum pour dormir. Pourtant des familles d'accueil existent, mais je ne sais pas où. Et le bureau paroissial est dans la même rue que mon hôtel...J'ai donc compris ,(après 15 jours) qu'il faut téléphoner à l'avance, sinon c'est la galère. J'ai donc téléphoné à Mme Ruthy pour demain à Arpajon et à Mr Damien pour jeudi à Etampes. C'est OK pour les deux. C'est quand même plus agréable de savoir qu'on ne dormira pas à la belle étoile. Et c'est là la «chance» : c'est que j'apprends à devenir sage et prévoyant. Pour la première fois, je vais trouver des personnes qui m'accueillent, et pas un hôtel. Cela me réchauffe le coeur.