Journée de marche aujourd'hui, une marche volontaire, une marche pour arriver. Pas de paysages extraordinaires, une petite pluie qui va, qui vient. qui s'arrête, qui reprend. On préférerait qu'il pleuve tout le temps, ou pas du tout. Mais cette cassure du rythme : s'arrêter, ouvrir le sac, sortir la cape, reprendre le sac et repartir, pour faire l'inverse quand la pluie s'arrête, c'est fastidieux. D'Amboise à Tours : 29,5 km, mais en fait j'en ai fait plus, parce que le guide n'est pas assez clair, ou les signes pas assez nombreux, j'ai fait des tours et des détours, monter une côte pour devoir la redescendre et en remonter une autre, juste à côté. Et puis la crue de la Loire me joue des tours. Il y a des chemins inondés qui ne sont indiqués comme tels que d'un côté (photo) et quand on arrive de l'autre coté, il faut rebrousser chemin ou essayer de retrouver la route à grand trafic que le chemin voulait éviter...Et pourtant, malgré les moments plus difficiles, le «Camino» reste quand même un rêve, que beaucoup veulent ou auraient voulu réaliser. A l'entrée de Tours, un homme encore jeune (la trentaine ?), me dépasse et me félicite et il ajoute : j'ai décidé de le faire l'année prochaine. Un autre, en voiture, me crie «buon camino !»
J'entre dans l'immense cathédrale St Gatien. C'est énorme, très haut, majestueux. Les anciens, pour signifier la grandeur de Dieu, n'avaient pas d' autre moyen que de faire du colossal. Alors que «si vous ne devenez comme un enfant, vous n'entrerez pas dans le Royaume des cieux». Ce Royaume, c'est le monde à l'envers, ou plutôt à l'endroit. Je rencontre beaucoup de caves pour la dégustation et la vente du vin. Région du Vouvray ,(photo), roche calcaire, crayeuse, d'où habitations troglodytes (photo) Je continuerai demain.
Justement, pour répondre à Thérèse, aujourd'hui (enfin hier, puisque nous sommes dimanche), nous sommes cinq à souper ensemble. On devait être six, mais le 6°, un espagnol, était trop fatigué pour venir souper. Il fait, d'après le peu que j'ai entendu dire de lui, un périple énorme et très compliqué. J'ai appris qu'au Canada, il y avait des «débarbouillettes», car ma voisine à table (en face de moi) est canadienne (du Nouveau Brunshwig - je ne sais pas très bien comment cela s'écrit -). C'est celle dont je vous avais parlé à Arpajon, qui était attendue chez les Ruthy le lendemain de mon passage. Je lui dis : vous m'avez rattrapé ! Elle me dit : oui mais j'ai pris le train, car je me suis fait mal au pied, dans la boue qui colle (si je me rappelle bien, elle aurait alors employé une expression canadienne comme «la boue amoureuse») et elle va rester à Tours deux jours, au repos. A ma gauche, un français dont je ne sais pas grand chose, sinon qu'il m'a dépassé un jour quand j'étais en train de manger. En fait, après le souper, nous sommes restés tout un temps à bavarder avec la soeur hôtelière, mais sur des sujets d'intérêt général, pas sur nous-mêmes et notre projet. Et il y a un couple d'Angoulême, dont le mari sort de l'hôpital, et qui voudraient faire le chemin l'année prochaine. La canadienne compte faire le chemin du Nord. Voilà : ce sont en fait les premiers contacts un peu prolongés avec d'autres pèlerins. On apprend entre autres qu'on n'est pas seul à s'être trompé de chemin
